Faut-il oser l’utopie ? Restitution discussion
Cette question a été le sujet de notre 6eme discussion éclairée, le 4 mai 2026 à partir de la lecture d’un premier extrait d’ouvrage ci-dessous :
« Les surprises de l'éducation écotopienne
Les écoles constituent sans doute l'aspect le plus vieillot de la société écotopienne. Notre éducation à domicile et pilotée par ordinateur est ici entièrement inconnue. Aujourd'hui encore, les élèves sont rassemblés toute la journée dans une salle de classe afin d'y suivre leurs cours. (L'informatique joue un rôle très minime, car on croit dur comme fer aux vertus pédagogiques de la présence physique des professeurs et des camarades de classe.) »
1 – « Si la Crick School, que j'ai visitée, est un bon exemple du système scolaire en vigueur ici, alors les écoles écotopiennes ressemblent plus à des fermes qu’à autre chose. Un enseignant écotopien à qui je faisais cette remarque m'a répondu :
« Eh bien, c'est parce que nous sommes définitivement passés à l'ère de la biologie. Votre système scolaire est toujours dominé par la physique. Voilà pourquoi il y règne une atmosphère de prison. Comment voulez-vous que quoi que ce soit s’y développe ? »] … [«
Cette école possède 8 arpents comprenant une parcelle boisée et une rivière. Elle porte le nom de Francis Crick, ce chercheur dont l'équipe a découvert la structure de l'ADN. On y remarque aucun bâtiment pérenne : tous les cours ont lieu en plein air ou dans de petites constructions en bois, apparemment temporaires, à peine assez grandes pour accueillir un maître et une dizaine d'élèves, qui sont dispersées sur le terrain de l'école. Je ne réussis pas à trouver les bâtiments administratifs et, quand je me renseigne on me répond que l'école n'en a pas - les dossiers des élèves se réduisent à un seul tiroir rempli de bristols ! Avec en tout et pour tout une demi-douzaine d'enseignants, m’assurent mes informateurs, la coordination et les décisions pédagogiques font simplement partie de la vie quotidienne. La durée des cours étant éminemment variable (aucune cloche n'en indique ni le début ni la fin), les professeurs peuvent toujours se retrouver quand bon leur semble ; une fois par semaine, ils partagent aussi un dîner en commun pour discuter de manière plus approfondie. «
2 – « Incroyable mais vrai, les enfants ont seulement 1 h quotidienne de véritable cours. Quand je demande comment on les empêche de détériorer l'école dès qu'ils ne sont plus sous le contrôle d'un enseignant, on me répond qu'ils sont d'ordinaire très occupés par leurs « projets ». Voyant en effet des traces de tels projets un peu partout, je me dis que cette explication, aussi optimiste puisse-t-elle paraître, est sans doute exacte. »
« Ecotopia », Ernest Callenbach – Publié en 1975
Nous avons également utilisé le retour d’expérience d’Isabelle Peloux, fondatrice en 2008 de « l’école du colibri » au moyen de la lecture partagée de quelques extraits de son ouvrage co-écrit avec Anne Lamy ;
« L’école du colibri – La pédagogie de la coopération »
Le compte rendu de la discussion :
Le groupe a tout d’abord posé et discuté les deux définitions suivantes :
Utopie – Définition du Larousse
Nom féminin (de Utopia, mot créé par Thomas More, du grec ou, non, et topos, lieu)
- 1. Construction imaginaire et rigoureuse d'une société, qui constitue, par rapport à celui qui la réalise, un idéal ou un contre-idéal.
- 2. Projet dont la réalisation est impossible, conception imaginaire : Une utopie pédagogique.
Dystopie – Définition du Le Robert
Récit de fiction qui décrit un monde utopique sombre. 1984, de George Orwell, est une dystopie.
Puis, après lecture de l’extrait d’ouvrage ci-dessus (1-) en italique, il s’est penché sur la différence entre la biologie et la physique.
L’intérêt de passer d'une organisation basée sur la physique autrement dit, sur la technologie à une organisation basée sur la biologie est argumenté par un participant. La biologie pose un regard sur le vivant sa façon de naître de croître… (mécanique du vivant). La biologie nous conduit à l’âme, au ressenti, à l'indescriptible. La physique utilise la biologie dans la limite de ce qui peut être mesuré. Elle en déduit des lois physiques, mathématiques qui permettent d'élaborer les techniques et technologies.
La notion de "physique" dans le cadre scolaire est également rapportée à la position physique des enfants par un autre participant. Les enfants des écoles "classiques" sont physiquement enfermés dans des classes. La notion d'"ère de la biologie" évoquée par le directeur de cette école utopique est interprétée comme la libération des enfants placés dans la nature.
Dans notre extrait d'ouvrage, les enfants ont été replacés dans la nature qui les entoure.
Les enfants ont besoin de végétal et qu'on abatte les murs qui les entourent.
Les enfants (comme les adultes d'ailleurs) ont besoin de toucher pour découvrir, développer leur ressenti. Une remarque est faite par un autre participant sur le ressenti ou pas "d'être vivant". Il remarque que certaines personnes quelquefois mandatées pour organiser la vie, ne sont pas elles-mêmes vivantes ("ressenti d'être vivant").
Les participants se souviennent des cours de récréation dans lesquelles trônaient de grands arbres. Pour des raisons de sécurité, d'hygiène on les a supprimés et à la place les cours ont été goudronnées. L'exemple suivant est donné par l'un deux : après négociation, un arbre vient d'être planté dans la cour de son village.
Au sujet de la non-violence :
Selon le texte de référence (2-) en italique, il suffirait que les élèves soient occupés par leurs projets pour que la violence ne s'installe pas, même sans aucun contrôle. Sans cadre, sans objectifs forts, le résultat d'une complète autonomie des enfants, sans violence…reste une utopie. L'exemple vécu du travail en groupes d'étudiants "post bac" est donné par ce participant/enseignant.
Un autre participant rétorque que sans rupture (même types de locaux, méthodes, prégnance de l'encadrement…), on ne peut attendre que les comportements changent sur simple demande.
Après lecture d’un extrait de l’ouvrage d’Isabelle Peloux concernant l’éducation à la paix, un participant réagit. Isabelle Peloux enseigne la base aux enfants : Identifier et gérer ses émotions. Elle donne un sens à l'action. Sans cela, l'enfant ne travaille pas. Partir de ce qu'il aime permet également de donner un sens à ce qu'il apprend.
Les enfants identifient et comprennent ce qu'ils ressentent dans telles ou telles circonstances d'une action. La gestion de conflit fait également partie de l'enseignement.
Apprendre le respect pour que chacun se contrôle lui-même.
Gradation des mots du conflit grâce à l'identification de l'émotion ressentie, à sa connaissance. Ex : humiliation = Grave
L'histoire aide également à comprendre.
L'utopie en tant que vision idéalisée de l'avenir n'est pas nécessairement une bonne chose. L'utopie peut également être ce qui a existé et que l'on a intérêt à faire revenir immédiatement.
En agriculture, revenir à une moindre production (en opposition à une agriculture intensive avec de gros engins, de nombreux intrants…), de meilleure qualité permet des résultats tangibles : meilleur revenu (pas d'endettement…), protection de l'espèce humaine, de la planète…
Individuellement, certains mettent en place l'utopie dans leur vie. L'exemple de l'ancien ministre (entre autres), Yves Cochet est donné. Il utilise le (et fait la promotion du cheval) pour ses transports.
Les lectures :
- ECOTOPIA d'Ernest Callenbach : « Récit utopique publié en 1975, livre culte traduit dans le monde entier, Ecotopia offre une voie concrète et désirable pour demain, et ce faisant agit comme un antidote au désastre en cours. » Editions rue de l’échiquier
J’ai choisi cet ouvrage parce qu’il a été publié en 1975 à la suite du rapport Meadows « The limits of growth » / Les limites de la croissance en 1972. L’ouvrage est donc âgé d’un demi-siècle, plutôt axé sur la décroissance. Si on se réfère à l’extrait ci-dessus qui concerne l’éducation, nous sommes loin de notre réalité actuelle.
Pourtant, quelques initiatives « privées » existent. J’ai choisi le deuxième ouvrage « l’école du colibri » car il relate l’expérience d’une enseignante qui met en place une stratégie pédagogique à partir des meilleures pratiques (Freinet, Montessori, Carl Rogers…) L’emploi de ces pratiques n’est pas généralisé dans l’enseignement français. Elles promettent pourtant de construire des relations apaisées et d’entraide ainsi qu’une meilleure autonomie des individus dans un cadre coopératif.
- L’école du colibri – La pédagogie de la coopération d’Isabelle Peloux et Anne Lamy est le retour d’expérience d’une enseignante qui a fondé en 2006 l’école élémentaire du Colibri. Elle y développe une pédagogie basée sur la coopération plutôt que sur la compétition.
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