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Différence, force ou faiblesse ? Autres rubriques

16 Mars 2026 , Rédigé par La Scorpionne Publié dans #Différence, force ou faiblesse ? Autres rubriques

Un avis : Différence de pensée

Est-il exagéré de dire que tous les êtres « différents » sont en état de faiblesse pour eux-mêmes et source de force pour les autres ?

Je prétends que non ! nulle exagération dans cette assertion…Galilée affirme, que la terre est ronde, à l’inverse de la doxa portée par les religions qui, à la même époque maintiennent que la terre est plate. Il est menacé d’hérésie et donc de mort et doit se rétracter (1). Il a fait preuve de courage et d’intelligence (quelquefois car l'affaire n'est pas aussi simple : lire (4)) devant l’adversité et devient une source de force pour ses pairs et l’humanité entière. Spinoza (philosophe) est banni de sa communauté pour avoir établi le principe de « non-dualité » (2). Des siècles après sa disparition, Spinoza est toujours source de force, étudié dans de nombreux lycées, universités…personnage de fiction (3)…

(1) En 1633, condamné par l’inquisition, Galilée renie ses théories pour ne pas être brûlé vif.

(2) « Le Dieu de Spinoza n’a pas créé le monde (Le « Cosmos » ou la « nature » qui existent de toute éternité). Ce Dieu cosmique est défini par Spinoza par la « Substance » de tout ce qui est. (In l’Ethique) ».  In « Le miracle Spinoza » Frédéric Lenoir

(3) "Le procès de Spinoza" Jacques Schekroun 2021

(4) "Les Somnambules" d'Arthur Koestler dans sa cinquième partie "La Scission" - "I - Faute de preuves"

Un témoignage - Différence culturelle et sociale

Ce que ce sujet a évoqué chez moi, ce sont tout d’abord ces souvenirs d’expériences qui m’ont attristées ou ravies, quelquefois les deux en même temps.

J’ai par exemple, vécu une année en Bulgarie juste avant son accession à l’UE, au début des années 2000. J’y rencontrais certains hommes et femmes différents, beaux et libres, malgré tout… Mes collègues m’avaient déjà renseignée sur la situation locale des ROM alors que nous traversions un bidonville, à la sortie de l’aéroport. Les êtres constituant cette population étaient d’après eux largement considérés comme des sous-hommes. Mal traités, quelquefois torturés, ils vivaient dans un état de pauvreté extrême. (3)

(3) Rapport Amnesty International du 15/03/1993 « Bulgarie, Tortures et mauvais traitement à l’encontre des ROM) ».

De plus, ils m’avaient prévenue qu’il était préjudiciable pour nous de les côtoyer à titre privé.

Bizarrement, c’est, quelques jours après mon arrivée, qu'à la médiathèque de « L’alliance Française » de Sofia, le film de Tony Gatlif, « Latcho Drom » me tomba littéralement entre les mains.

Quelle belle histoire que celle de ces hommes et femmes venus d’Inde, il y a plus de 1000 ans, qui se répandent au travers l’Europe. Leurs chants et musiques racontent des histoires, leur histoire.

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Je rencontrais ce premier homme différent, derrière mon habitation. Nous nous sommes regardés furtivement. Il venait de relever sa tête de la poubelle commune du quartier alors que j’arrivais pour jeter mes déchets.

Il a déposé les reliquats de nourriture qu’il avait recueilli, dans une sacoche de son vieux vélo puis est parti en me tournant le dos. Je ne l’avais pas salué, je ne lui avais pas souri, je les avais juste regardés, lui, son vélo et ses reliquats de nourriture.

Alors comment faire ? Je devais partager avec lui la nourriture que je me procurais si facilement de mon côté. Je devais également répondre à cette atteinte à ma liberté, de ne pouvoir communiquer avec une personne au prétexte qu'elle appartenait à la communauté ROM !

Je résolus d’utiliser mes sacs poubelles pour les remplir de nourriture. Je démarrais avec quelques produits et joignais un dessin pour tenter d’expliquer que je reproduirais mon geste tous les cinq jours. Je vérifiais de loin que mon « homme qui a faim » avait bien compris mes intentions. Ce fût le cas et cela devint une routine pour la durée de la fin de mon séjour.

Ma deuxième rencontre est plutôt un incident dont je fus la spectatrice. J’étais à Sofia (capitale de la Bulgarie), je chinais sur une brocante à ciel ouvert. De l’autre côté de la rue, un cortège de mariage, accompagné d’un pope, sortait d’une église.

D’un coup, la musique joyeuse de deux ROM sortis de nulle part, retentit d’un violon et d’un accordéon.

Ils furent très vite arrêtés par le pope, qui les chassa comme des voleurs de poules. Les deux hommes se mirent de côté, un troisième homme sortit du cortège, vint leur remettre un billet de 50€ et leur parla. Ils partirent aussitôt.

J’étais révoltée mais en même temps, je considérais le courage et la dignité de ces deux hommes qui nous offraient ce magnifique cadeau. J’ai pour ma part éprouvé de la honte pour n’être pas allée vers eux.

Je lisais bientôt à propos des ROM, « Le système tsigane est un mode d’être collectif et individuel qui a permis, à travers les siècles, à des familles, sans aucun appui des élites, d’éviter le piège de la déchéance physiologique et morale qui guette toute population pauvre. » (1)

(1) "Matériaux pour l'histoire de notre temps - Les peuples des Balkans face à l'histoire et à leur histoire" Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine

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Un témoignage - Je ne suis pas le colonisateur que vous croyez !

Alors que j’attendais mon taxieur! (en Algérie : chauffeur de taxi)

Depuis Paris, je débarquais un vendredi de début février 2008 à l’aéroport d’Alger : Mes premiers pas sur la terre d’Afrique…

Dans le hall d’arrivée, en provenance de la Mecque, toutes de blanc vêtues, une centaine de femmes se regroupaient, entonnant des youyous en une mélopée lancinante. Je n’étais pas la seule figée par cet enchantement. Autour des tapis qui distribuaient les valises, pas de voyageurs pressés de récupérer leurs bagages, comme à l’accoutumée dans les aéroports. Aucun de nous ne semblait pouvoir se résigner à quitter cet endroit.

Je me plus à croire cependant que cet accueil m’était particulièrement destiné, récompense à mon obstination : j’essayais depuis des années d’obtenir une mission en Algérie pour y découvrir la terre de Camus.

Mon voyage était professionnel et quelques conseils et consignes m’avaient été donnés. Deux d’entre eux me revinrent à l’esprit. Le premier était d’attendre mon taxieur dans le hall. J’étais déjà habituée à cette organisation où le chauffeur vous attend à l’arrivée avec une pancarte portant votre nom.

Le deuxième était d’acheter, si besoin, mes livres à la librairie de l’aéroport car, me dit-on : « les rayons des librairies du centre d’Alger ne sont désormais plus pourvus que d’ouvrages religieux.»

J’eus beau tourner la tête dans tous les sens, aucun chauffeur ne m’attendait. En revanche, mes yeux croisèrent ceux du libraire sur le devant de sa porte. Je m’empressais de le rejoindre pour faire le plein de futures lectures. Ma seule connaissance de l’Algérie, d’un point de vue littéraire, émanait des ouvrages de Camus. Il ne fallut donc pas moins d’une heure pour que le libraire me présente quelques auteurs algériens dont la célèbre Assia Djebar de l’Académie Française. Le même exercice dans la boutique adjacente me permit de prendre connaissance des musiques traditionnelles algériennes et de découvrir le folk de l’auteur compositeur Souad Massi.

Après que je retrouve mon taxieur !

J’appris finalement par l’intermédiaire d’une hôtesse que l’entrée dans l’aéroport - des personnes autre que voyageurs - était interdite depuis la veille, du à un renforcement de la sécurité en Algérie. Je fus informée par la suite, que les premiers attentats suicides de l’année 2007 perpétrés par l’organisation Al-Qaïda au Maghreb islamique avaient eu lieu en région.

Après plusieurs coups de fils et un peu d’attente devant l’aéroport, cette fois sans intérêt, je retrouvais enfin mon taxieur…Entre autres frustrations, il avait du interrompre sa participation à la grande prière du vendredi - Outre le jour de grande prière, le vendredi est un jour de week-end en Algérie, avec le jeudi à cette époque -et tourner autour du parking sans trouver de place pendant près d’une heure…J’essayais de rester aimable devant sa mauvaise humeur, pressée désormais de m’offrir quelques pages de lecture et un peu de musique traditionnelle, dès mon arrivée à l’hôtel.

A quelque distance d’Alger, notre route indiqua la direction «Sidi Fredj». Comme je ne réagissais pas à ce nom historique, mon taxieur m’interrogea ou plutôt m’invectiva : Vous qui êtes française, vous devez bien connaître « Sidi Fredj » ou Sidi Ferruch si vous préférez ! C’est là que les français envahirent et pilèrent l’Algérie en 1830 Prudente - car je disposais de peu de connaissances à ce sujet – j’occultais sa question en m’informant sur l’itinéraire jusqu’à mon hôtel qui se trouvait apparemment en direction de ce lieu historique.

Dans le même temps, mes pensées me ramenèrent aux manifestations qui passaient sous nos fenêtres, pour l’indépendance de l’Algérie plus d’un siècle plus tard. Ma mère qui ne pouvait y participer avec ses enfants, ouvrait grandes toutes les fenêtres pour crier son soutien. Couarde, je me cachais sous une table ou derrière un fauteuil ! J’appris par la suite que son frère avait passé six mois à la prison de Bordeaux : il détournait avec quelques amis, les trains de soldats en partance pour la guerre d’Algérie.

Je me promis par ailleurs de me documenter sur les évènements de 1830 : «Main basse sur Alger Enquête sur un pillage juillet 1830», Pierre Péan, Editions Plon : Le butin représente un équivalent de 4 milliards d’euros.) 

J’arrivais ainsi à mon hôtel. Avant de prendre congé, mon taxieur m’informa qu’il serait mon accompagnateur si toutefois je choisissais de rester en Algérie les week-ends de mon séjour. J’eus ainsi la chance de visiter Tipaza et une partie d’Alger avant de rentrer en France. Il me fut impossible ensuite de revenir en Algérie, les attentats prirent de l’ampleur et touchèrent Alger.

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